Mes orgues et claviers

Mon premier orgue a été un Farfisa Compact Deluxe:

Au départ, il me manquait les 300.- pour m’acheter le pédalier. Je m’en suis fabriqué un en bois avec des contacts à punaises, jusqu’à ce que les gages me permettent de compléter. À l’époque, c’était 80 à 100 francs par musicien pour un bal commençant à 20h30 et se terminant à 3h00 du matin, collation entre deux et pas d’alcool sur scène. Cet orgue a du reste était mon seul crédit remboursable mensuellement de ma vie. Il a été livré en cachette de mes parents chez Christian Délez avec qui nous avons monté un orchestre, Les Pixies.

Avec un ampli orgue de 30-40 watts utilisé plus tard comme ampli basse (faut le faire) par Jean-Claude Moix des Meteor’s Band et une sono pourrie de 30 watts à lampes achetée à Mister Daven avec un seul microphone fait maison des mains toujours de Mister Daven et des baffles faites maison par moi, c’était la dèche et on se débrouillait comme on pouvait chez Christian Délez.

En voici un clone logiciel:

Cet orgue a été suivi de nombreux autres, voulant toujours me tenir à la pointe du progrès, mais surtout, croyant qu’avec un bon instrument, on pouvait être meilleur musicien. Erreur! Le talent et l’assiduité font certes un bon musicien. Mais si les bases sont absentes, on acquiert surtout des défauts qu’il sera difficile d’éradiquer ensuite. D’après mon père, son paternel jouait du violon et savait interpréter un morceau et demi. Mon héritage génétique serait potentiellement plutôt maigre dans ce domaine.

Après le Farfisa Compact Deluxe utilisé avec Les Pixies, le Meteor’s Band de Charrat, je suis passé au Farfisa Professional chez Les Elites, venus me chercher un beau soir de semaine pour compléter leur band, les « égayant » dans un premier temps avec le Farfisa Compact Deluxe ci-dessus.
Le Farfisa Professional était un instrument certes de belle présentation, inclinable pour que l’on me voit jouer, en métal, avec des leviers partout, mais assez nul à l’emploi: si seulement Farfisa avait pensé à y mettre des tirettes harmoniques du style Hammond, ça aurait été une révélation technique réalisable à moindres frais. À écouter après l’illustration, un peu distortionné à mon goût.

Avec Les Elites, j’ai testé plusieurs configurations d’orgues, avec progressivement l’amplification Farfisa ci-dessus, la partie haute servant d’ampli avec seulement 3 leviers de réglage (basse, aigus, volume), celle du bas de leslie à haut-parleur passif avec tambour tournant dans le sens vertical, pas terrible, et encore moins avec le Hammond L100 venu plus tard:

Mon activité du samedi soir ayant redoublé avec Les Elites (100.- par soirée, avec jusqu’à 8 engagements par mois, si si), j’ai foncé un beau jour chez Hallenbarter à Sion pour m’acheter un Hammond L100 électromagnétique, d’abord branché sur l’ampli-leslie ci-dessus, pour compléter avec une Leslie 760: l’orgue faisait dans les 100 kg, la Leslie 70 kg, le tout à transporter à 4 personnes. Tout cela devait entrer dans le bus VW à Pierrot Roduit. Les Elites et les Jo Perrier en savent quelque chose!

J’ai continué avec cette configuration chez Jo Perrier, que j’ai quitté pour partir en direction de Berne vers ma nouvelle carrière d’organisateur d’entreprise à l’ex-BPS.

Parti donc pour Berne en 1973 et ayant liquidé mon L100 avec la leslie 760 et un Echorec Binson à vil prix, j’ai acquis l’instrument bâtard ci-après, un Farfisa Professional Duo. L’engin était certainement révolutionnaire pour son époque, avec une pédale avec effet slalom inutilisable, pas de transposeur. J’en avais fabriqué un avec douze interrupteurs et quelques résistances variables, le tout branché sur la pédale slalom. J’ai même raccordé la partie basse de mon accordéon avec celle de l’orgue. C’était avant que l’on connaisse la technologie MIDI. Vous pouvez l’écouter 2-3 images plus loin, avec une vrai cabine Leslie 147 qui fait tout la différence.

Vous la trouvez sur le marcheé de l’occase avec beaucoup de chance pour 1800 francs.

Vers 1976, mes souvenirs sont confus, Pierrot Roduit a monté un trio avec Samuel Carron et moi, le trio Rocade (abréviation de Roduit-Carron-Denis, trouvée par Lulu Carron, épouse de Samuel). Je pense avoir fait quelques mois avec eux, pour abandonner vu mes obligations professionnelles et le chemin à faire en fin de semaine entre Berne et Fully. Je travaillais toujours avec le Farfisa Professional Duo ci-dessus, sans me rappeler le nom de la leslie, peut-être déjà la leslie « Farfisa »? Rocade a continué sans moi, remplacé par Patrick, je crois, à l’accordéon et orgue (également Farfisa Pro) ainsi que mon copain André Cerchierini de Dorénaz, au chant et piano Fender Rhodes.

En 1978, en duo avec l’ami Rebetez (guitare hawaïenne et saxophone carotte) du côté de Lausanne, j’avais une « leslie » Farfisa avec l’orgue ci-dessus, la honte: un seul rotor servant de trombe pour les basses et les aigus à la fois. Un jour, le contrepoids du tuyau de poële qui servait de trompe des aigus et des basses s’est détaché et ma leslie a traversé la scène au pas de charge, pour s’arrêter à temps, retenue par le câble d’alimentation. Effet 3D surprenant et grand moment de solitude, je vous dis. Voici la bête:

Un tuyau de poële disposé entre deux hauts-parleurs riquiqui, Farfisa se fichait carrément de la gueule de l’artiste à l’époque!

L’orgue et la leslie passaient tout juste dans ma BMW 2002 de l’époque, dont je devais démonter les sièges pour le transport. Je me rappelle que Samuel Carron était venu nous aider avec sa batterie à un bal près de Mézières. Un moment sympa, dans une période musicale de 6 mois en 1978 pas franchement géniale. Et de toute façon, l’environnement professionnel (semi-bras droite titres du chef de succursale de la BPS à Chavannes-Renens, un certain Monsieur Christinet, l’autre semi-bras droite étant dans les crédits) ne m’inspirait guère. Tout cela sentait trop le carriérisme à outrance, du style: «Monsieur Denis, pour la prospection de clients, les heures d’appel idéales sont après 19h00.» Ou encore: «Mes dossiers crédits, je les prépare le samedi et le dimanche, pour pouvoir contenter mes clients le lundi…». Le chef d’agence ne devait pas beaucoup aller au temple, en ces temps-là. Décidément, tout cela était fort incompatible avec mes heures et ma notion des loisirs. Bouclons ici cette brève période d’un Valaisan venu de Berne chez les Vaudois. Le pari était perdu d’avance.

En 1979, retourné à la Direction générale de la BPS Berne à la manière d’un saisonnier, j’ai continué ma période orchestrale active chez les Bankers (Paul Etter, clarinette, saxophone, vocal, Urs Frei, batterie, moi-même, orgue, accordéon, vocal, à l’occasion en duo sans Urs Frei), puis chez Manta avec un Farfisa Professional 110 assez complet, transportable, un honnête clone d’orgue Hammond pour l’époque en 1985, avec une cabine leslie ELKA compacte et performante. Comme le changement de vitesse à la main faisait beaucoup de bruit et m’obligeait à lever la main du clavier, sacrifiant quelques accords et notes au passage – ce que m’avait fait remarquer le concierge Buricelli de la BPS, j’ai installé un interrupteur à pied sur la gauche de la pédale de volume. J’ai retrouvé ce système sur tous mes orgues suivants.
Celui qui m’avait vendu la leslie ELKA d’occasion avait monté une lampe sur les trompes, du plus bel effet.

Je me rappelle avoir acheté cet orgue neuf pour moins de Fr. 4000.- en 1986. La première chose que j’ai fait en arrivant chez moi, c’est de l’ouvrir, de chercher le signal des basses sur les platines, de faire un gros trou à l’arrière pour la sortie jack (mais je n’en suis plus sûr: peut-être y avait-il tout de même une sortie basse non fixe dont j’ai modifié le tracé des câbles pour reprendre le signal avant la pédale de volume) et de souder pour obtenir une sortie basse fixe, comme je l’avais fait autrefois sur mon Farfisa Professional Duo, au risque bien sûr de perdre la garantie sur l’orgue. Mais justement, comme j’en avais monnayé le prix en demandant «sans garantie», franchement, j’avais un sacré culot de bricoleur à l’époque. Le mien avait la boîte à rythmes complètement à côté des pompes, mais Hammond n’avait pas fait mieux auparavant.

Plus tard, j’ai à l’occasion utilisé une leslie électronique Roland très approximative, s’approchant plus du wah-wah ou du phasing qu’autre chose. Comme ampli de basse de l’orgue, j’ai utilisé jusqu’à la fin de ma «carrière» un ampli Fender Quad Reverb, 4 hauts-parleurs donc, échangé à mon ami Pierrot Roduit de Rocade contre un ampli Meazzi à bande d’écho. Il n’aura pas fait une terrible affaire, mais l’effet écho à bande devait définitivement lui plaire. L’ampli m’a servi de banc d’orgue, en le couchant sur le côté. Une basse puissante et nette, alors que sa vocation serait plutôt d’amplifier une guitare! On se débrouille comme on peut. Voici l’ampli en question, construit de 1972 à 1979, que j’ai échangé à nouveau (néfaste habitude) contre un orgue Lowrey de foyer lorsque j’habitais à Berne. J’en ai racheté une réédition en 2014, avec inscription en noir et plus en bleu. Je suis décidément un grand nostalgique!

Actuellement, mon « parc » d’instruments dans la section claviers est constitué des instruments suivants:

  • B3
  • Crumar Mojo
  • SK2
  • Roland Studio AT-350C
  • XK5

    tous ces 5 instruments avec pédalier (j’ai en souvenir l’orgue Farfisa du début qui en était d’abord dépourvu, tous mes orgues suivants avaient un pédalier), ainsi que
  • Tyros 4 de Yamaha
  • M3R de Korg (rack synthé vintage)
  • Keylab 88 d’Arturia

    et enfin divers modules rack MIDI (Hammond, Wersi).