Tableau de la cascade

Cette œuvre du peintre milanais Enrico Volonterio (1873-1929) (toile de 136×75 cm) se trouvait à partir de 1903 dans le bistrot de la grotte aux fées jusqu’en 1951. Selon ce qui m’a été rapporté, le peintre avait installé son chevalet à la lumière, à l’entrée de la grotte, faisait quelques aller-retour pour ses croquis. Sinon, il se serait littéralement gelé les pinceaux.

Lors de la liquidation de l’inventaire du restaurant, la famille Fournier en ayant abandonné l’exploitation une année après le décès de Denis Jean-Jacques Fournier, pour s’installer au fond de ville (non loin de l’épouse de feu Denis, Alphonsine Fournier-Caillet-Bois à la Place du Faubourg, demeure démolie en 1966), d’abord dans un appartement de la boulangerie Kuhn, le tableau a été racheté par ma mère, Mme Thérèse Fournier-Quentin, pour la faramineuse somme d’une thune sonnante et trébuchante de l’époque (pourboire d’une sommelière sur une semaine à la grotte). Le tableau lui-même, monté sur cadre, était enfumé à l’envi et le motif représenté quasiment méconnaissable. Une brosse à récurer et de l’eau de javel (sic!) auront suffi à lui redonner sa relative splendeur d’antan. À l’époque, on ne faisait pas dans le détail, ni dans la dentelle, le Kärcher n’existait pas encore. Étonnamment, l‘huile a relativement bien résisté à l’outrage et aux affres du temps jusqu’à ce jour.

Quelques déménagements plus tard (sept en tout en onze ans, de 1951 à 1962), la toile se trouve toujours en possession de la famille Fournier en 2026. Chargée d’histoire, elle gagnerait à être restaurée et vue du public.

En scrutant bien le tableau, en particulier la cascade, vous y devinerez une exquise créature du style Betty Boop prenant sa douche, froide par nature. Évitez toutefois de vous focaliser sur sa chevelure foncée, son corps (faisant pour référence quatre fois la hauteur du guide avec sa lampe au magnésium à droite), son opulente poitrine, ses longs bras, ses pieds reposant dans l’eau du lac; vous ne verriez plus qu’elle en définitive. Sacré Enrico qui aura pris son panard en passant!

Vous trouvez que la signature de Volonterio en bas à droite est tronquée? Pas étonnant: la toile originale a d’abord été entreposée au galetas en 1961, désagrafée de son cadre, transformée passagèrement en ballon de foot pour prendre moins de place et servir de jeu aux enfants que nous étions, recollée ensuite à pleine surface sur un panneau après passage au cutter et au fer à repasser pour bien la lisser, puis exposée en l’état dans le couloir de l’appartement familial et enfin remontée après 2004 sur un cadre plus rigide par la menuiserie Dirac à St-Maurice, laissant donc passablement de plumes en cours de route. Vous avez dit outrage(s)? Plutôt l’art pour les nuls.

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